Arnaud Gérard. Comme Elvis (roman).
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c'est l'école...

  C'est l'école. Vous êtes assis au dernier rang. Vous n'écoutez pas. C'est la terminale. Que vous avez du mal à terminer, justement. Je vous vois. Vos cheveux sont gras. Vous y passez la main, dans la broussaille. Votre blouson bleu. Quoi? C'est un badge? Une inscription à votre revers... Ca dit quelque chose. Ou un tee-shirt, un slogan. Vous dessinez sur les tables, aussi. Vos professeurs sont mécontents. Comment vous, un jeune espoir de Cours Préparatoire, vous ne foutez plus rien? Est-ce possible? C'est la crise de l'adolescence, ils en parlent, peut-être, en conseil de classe. Vous n'êtes pas au courant. Vous allez couler, tomber au champ d'honneur après bien d'autres. Vous vous en foutez. Il fait chaud. C'est les math'. Vous n'y comprenez rien. Trop de retard accumulé... Vous attendez l'heure. Que ça sonne, enfin!
  Voila.
  C'est un brouhaha.
  Les ados s'agitent, les élèves. Vous matez quelques culs (il y en a toujours). De beaux blue-jeans... Vous rêvez. Mais trop tard! La foule se dissipe. Vous cherchez votre copain Jean-Marc. Il n'est plus là. A disparu avec une bande de cons qui passent le permis. Ce n'est pas grave, vous le verrez plus tard, vous avez l'habitude. Les gens vous laissent tomber. Ils ne vous trouvent pas très intéressant. Vous êtes ordinaire, vous filez tout seul...
  Vous êtes en dernier. Toujours. Ne vous pressez pas. Le lycée vous regarde. Vous passez les grilles et direction le bus. Vous habitez loin. Une mauvaise orientation (ça fait longtemps qu'ils vous gonflent, tous). Vous pressez le pas. Votre démarche n'est pas bonne: vous vous dandinez, sans bien savoir pourquoi... Vous n'allez pas corriger ça. Votre mère vous l'a dit. Votre mère, parlons-en. Elle est toujours sur vous. Vous harcèle, s'incruste... Vous surveille, en fait. (Vous comprendrez plus tard). Du coup, là, comme ça, vous vous arrêtez. En pensant à vos parents vous n'avez plus beaucoup envie de rentrer. Mais que faire (comme aurait dit Lénine), car vous n'avez pas d'argent. Aussi... C'est à contrecoeur...
  Contrecoeur, voila le mot. Celui qui vous définit. Tout est comme ça. Tout vous emmerde. Le bus aussi, est pénible. Plein de bidasses sortis d'on ne sait où. C'est la province. Vous n'avez pas de chance. Un jour, peut-être, vous irez ailleurs... Vous y pensez parfois (entre deux zéros en maths). C'est l'inspiration qui vous fait défaut. Ca vient avec le temps, vous ne le savez pas.
  Le bus, donc. Qui démarre dans une embardée. Ici, ils sont comme ça, les chauffeurs, les autres... Mais ça vous convient plutôt. Vous baillez aux corneilles, car vous connaissez le trajet par coeur. Il ne se passe pas grand-chose. Un rien vous étourdit, mais vous vous connaissez, et gaffez le périmètre. Que du blair'. Vous n'êtes pas très poli... Votre arrêt, attention! Vous n'avez parlé à personne, encore une fois, mais ça aussi, c'est dans vos habitudes...