Vous papotez, avec votre ami. Discussions tout au long des rues... On vous laisse. Un peu d'intimité. Rien que
de très banal. Les platanes qui défilent... On est dimanche. Encore une fois. Vous essayez de vous raccrocher à quelques réalités,
de trouver quelque chose d'important, dans la vie, quelque chose qui mérite votre amour. Ce n'est pas facile. Vous êtes un
vrai, vous. Un authentique. Les vrais ont souvent des problèmes. Le monde n'est pas à eux. Ils mettent du temps, parfois,
pour y trouver leur place.
L'école ce n'est pas ça. Vous l'avez déja compris. Vous tapez la tête sur le bureau. C'est les math'. Vous suivez
mal, on l'a déja dit. C'est les maths qui vous crèvent. Une aberration: les ministres ont décidé de donner la priorité aux
maths- ils ont besoin de techniciens dans leurs entreprises. C'est pour ça que vous souffrez. C'est eux qui vous crèvent.
De penseurs ils n'en veulent plus; ni de philosophes. Aux chiottes tout ça! Les anciens sont choqués. Ils ne reconnaissent
pas leurs gaullistes. Ils ne pensent plus qu'à l'argent. C'est une génération de sauvages en préparation. Ceux qui disent
ça risquent la porte: on ne plaisante pas avec l'Entreprise, monsieur. Les maths sont arides, aussi. C'est abstrait. Bien
sec. Rien pour s'amuser. Vous avez du mal à inclure ça dans votre quotidien et vous n'êtes pas le seul. C'est fait exprès.
C'est la torture, ça fait la sélection. Certains l'ont compris: ils bandent. Que vous chutiez! Redoubliez. Qu'untel se fasse
sacquer, virer du lycée... et c'est la fête. Un concurrent de moins dans la course. Ils y sont, eux, sur la longueur d'onde
des ministères. Vous ne pourrez même pas vous venger: le parti communiste n'existe plus.
Mais récapitulons: ni école, ni famille, ni voisins... Il ne vous reste pas grand-chose. Vous donnez des coups
de pieds dans les pierres. Votre ami Jean-Marc aussi. Il vous imite. Ca fait cool. Vous êtes deux jeunes sans illusions...
Vous aussi, un jour ou l'autre, essaierez les librairies.