Arnaud Gérard. Comme Elvis (roman).
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vous vivez...

  Vous vivez à cent à l'heure, mais ne le savez pas. En un mois, il se passe beaucoup de choses. Dans votre tête. Les autres vous ennuient. Ils sont vides, ils sont gras, ils sont lourds, rient quand ce n'est pas drôle... Vous avez raison. Mais vous ne savez pas encore à quel point. Vous ne savez rien. Presque 18 ans. C'est l'âge où tout se décide. Les prof' vous le répètent. Vous ne les écoutez pas. Vous avez tort: ils sont plus au fait que vous ne croyez. Ou vous avez raison: car ils vous en veulent, et plus que vous ne le croyez aussi... Le combat a déja commencé. On vous expliquera.
  Le combat commence dès la naissance: votre mère vous protège, vous défend contre les autres. Car elle aussi, elle sait, que la vie est fragile. Elle a appris quand vous étiez dans son ventre. N'écoutez pas trop les docteurs... Ceux-là aussi sont suréstimés. Vous verrez. La vie est plutôt une question d'instinct. Le vôtre est bon. On vous connait. Déja quelques hauts faits d'armes... Nous aussi on vous observe.
  Pour l'heure, vous êtes sur vôtre lit. Vous êtes rentré incognito. Avez évité votre mère, elle est dans la cuisine, prépare le rata. Vous êtes seul, vous êtes tranquille. Un peu de calme, après une journée dans la folie ordinaire (ah!). Vous avez une chambre à vous, une chambre individuelle. (Je n'avais pas cette chance). Pas de frère. Fils unique. C'est dangereux, aussi. Enfin bref.
  Vous êtes allongé sur votre lit et vous vous délectez d'un magazine musical. Vous en avez même toute une pile sur une étagère. Une collection. C'est du rock. Les gens ne vous connaissent pas. Un jour, vous leur montrerez qui vous êtes. Vous vous êtes bricolé un éclairage spécial, aussi. Qui donne à votre chambre des airs de lupanar. Vous êtes au chaud, là-dedans, choyé comme un coq- en- pâte.
  Ce magazine, il compte beaucoup pour vous. Vous l'achetez chaque mois. Chaque fois dans un endroit différent, car vous n'aimez pas ceux qui le vendent. Vous n'aimez pas les marchands de journaux. Là aussi, vous avez raison. Vous vivez dans la clandestinité. C'est un bon début. Brouillez les pistes sans même vous en rendre compte. Mais ça ne suffira pas. Déja, la riposte se prépare. Vous êtes du genre à y faire face. L'affrontement sera terrible.