Arnaud Gérard. Comme Elvis (roman).
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elle est simple...

  Elle est simple, pour vous, la vie. Le dimanche vous vous prélassez sur un fauteuil, en chaussettes et les pieds sur le bureau. Votre ami Jean-Marc n'appellera pas. Vous vous en foutez un peu. La journée est longue, néanmoins. Toutes ces heures à ne rien faire. Vos professeurs seraient révulsés. Ils s'y sont mis, eux, au travail... et il y a déja bien longtemps. Ils sont actifs, ils sont gagnants et motivés. Draguent les collègues entre deux conneries, mais ils se comprennent, entre eux. C'est moins simple que vous ne croyez. Encore beaucoup à apprendre... Vous baillez. Vous fumez, aussi. Comme Jean-Marc; ce salaud, où peut-il bien être? C'est une pensée qui vous traverse l'esprit. On vous connait. C'est parfois dur à porter, la solitude. Personne à qui parler pendant toutes ces journées... Allez, vous mettez un disque. C'est votre passion, votre univers, votre rêve. Il faut faire passer tout ça. Assez de déprime. Un bruit gigantesque retentit dans la pièce. C'est du puissant, de l'américain. Votre mère va monter. Pas l'idéal, d'écouter de la musique ici. Un jour vous aurez autre chose. Un appart', un studio, un squatt... Vous y pensez. Mais il faut travailler. En tous cas il faut de la thune. On vous souhaite bien du courage. Vous retournez tout ça dans votre tête... C'est une décision qui n'est pas facile.
  Vous sortez à présent un casque audio, car, la guitare, on dirait un train qui déraille. Vous branchez des fils. Vous êtes un connaisseur; assez méticuleux. Ca va mieux. Votre mère n'entendra plus qu'un petit grésillement. Tout le barouf est pour vous. Vous hochez la tête, dans le rythme, comme ça, assez furieux. Vous nous plaisez. Ca soulage, ce truc-là. Nos vieux se renseignent. Clash? Vous avez du goût, parait-il. C'est important. La lutte est partout. Clash étaient des marxistes engagés dans toutes les guerres de l'extrème-gauche (ou ils s'en donnaient l'air). Car les marxistes peuvent mentir, aussi... Ca complique. Clash nous les avions repérés avant vous, lorsqu'ils étaient encore écoliers: assez excentriques - vous êtes plus calme - plus seul, aussi. On verra pour eux. Et pour vous. Rien n'est encore décidé. Clash, je ne pense pas... et puis il est un peu tard. Non, c'est vous le vrai gars à problème. Je m'y connais. J'ai l'oeil exercé depuis longtemps.
  En attendant Clash fait du bon travail: ils redonnent du courage à tout le lycée. Enfin... à ceux qui les écoutent. Il y en a peu, hélas. Vous le savez. Mais peu importe: les souvenirs brillent ensuite de mille feux. Assez de brasiers pour réchauffer un petit dimanche dans une petite ville de province, comme ça...