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Alors... Un café chez Thérèse! (Oui puisque le lycée t'a foutu dehors).
Tu y entres timidement, chez Thérèse, maudit clampin, accompagné d'une blondinette au blouson recouvert de badges.
Celle-là écoute du hard-rock, et c'est ce qu'elle répond quand on lui demande ce qu'elle fait dans la vie: "j'écoute du hard-rock",
comme si c'était une sorte de profession, comme si cela suffisait à justifier son existence sur la terre, "j'écoute du hard-rock"
et je vous emmerde, elle pense, mais tu l'aimes bien car elle est plus engagée que toi dans cette espèce d'aventure marginale
et souterraine qui rassemble les clients du Chez Thérèse.
Ils sont là justement, les clients, et ils vous accueillent par des vivas et des bravos, on se demande bien pourquoi,
d'ailleurs, puisque vous n'avez rien fait, que d'être là, mais ça leur suffit, et ils considèrent que c'est déja un exploit,
précisément, et vous vous asseyez aux vastes tables de bois, avec cette amie, avant de leur exposer vos problèmes, et ils
rigolent fort, de ce qui vous arrive, de cette convocation devant le proviseur, et ils commandent encore de la bière, de la
bière! avant de vous expliquer ce que vous devez faire, ils ne sont pas d'accord, et c'est un terrible brouhaha, et un verre
éclate quelque part, et Thérèse se pointe pour les calmer, mais elle se fait salement injurier et siffler pendant que les
clients qui ne vous ressemblaient pas ont déja pris la fuite dans la nuit noire...
Vous vous restez là, vainqueurs, dans cet espace aux lumières jaunes où vous êtes les rois, dans cet espace aux
lumières jaunes qui vous font tourner la tête autant que le picon du fond de vos verres, et s'il y avait un juke-box "dans
ce sale endroit" vous y mettriez des pièces, mais il n'y en a pas, alors quelqu'un parlera de Kérouac, de Kérouac oui, car
il l'a lu, et il se lancera dans un long délire, comme un solo de sax', au sujet du style jazz de Kérouac, de ce style bop
aux phrases toutes hachurées de virgules et qui bougent dans tous les sens (tu vois ce que je veux dire), et il affirmera
que c'est étrangement novateur, que c'est du jamais vu, et qu'il faut absolument le lire, ce vieux Jack, car ce con n'a jamais
entendu parler de Cendrars et il ne sait pas que Kérouac l'a volé là, ce fameux style, ce que les critiques n'ont même jamais
signalé, car ce sont des nazes, de vieux schnocks en chaires et ils n'y ont jamais été, eux, chez Thérèse, pour faire du bruit,
s'amuser et célébrer jusqu'à la fermeture.
Et cette soirée se terminera sans morale, comme toutes les autres, sans morale ni explication car comment pourrait-il
y en avoir à cette jeunesse et à cette force? Pas d'autre morale ou explication que celles du temps qui passe et qui vous
laissera, solitaire et perdu, alcoolique ou drogué, à 40 ans et mèche, et alors il faudra bien leur trouver une suite et un
sens à ces si magnifiques soirées, ou bien le suicide vous tendra ses bras mous, comme à quelqu'un... Mais ça, ce serait le
sujet d'une toute autre histoire, pas vrai, clampin?
A.G / Janv 2007.
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